LES DOSSIERS OVNI – UAP
45Press
Enquête sur une entreprise inconnue devenue un prestataire stratégique de la Maison-Blanche
Marchés publics, communication présidentielle et émergence d’un nouvel imaginaire autour des UAP.

Avant-propos
Depuis plusieurs décennies, les phénomènes aériens non identifiés (UAP) occupent une place singulière dans le débat public américain. Longtemps relégués aux marges des institutions, ils font désormais l’objet de rapports officiels, d’auditions parlementaires et d’une couverture médiatique soutenue. Cette évolution a profondément modifié la manière dont le sujet est abordé : les interrogations ne portent plus seulement sur les observations elles-mêmes, mais aussi sur la façon dont les administrations communiquent, gèrent l’information et organisent la transparence.
C’est dans ce contexte qu’apparaît le nom de 45Press, une société de développement numérique basée à Canfield, dans l’Ohio. Jusque-là peu connue du grand public, elle est retenue pour participer au développement de la nouvelle application officielle de la Maison-Blanche. Rapidement, cette attribution attire l’attention de plusieurs médias et nourrit des discussions en ligne, notamment parce que certains y voient un lien avec les annonces de l’administration concernant les UAP.
Cette étude ne part pas de l’idée qu’il existe nécessairement un lien entre ces événements. Elle part d’une question plus simple : que montrent réellement les documents publics ?
L’objectif est de reconstituer les faits, d’examiner les procédures, d’analyser les sources et de comprendre pourquoi cette affaire a suscité autant d’interprétations. Dans un domaine où les informations circulent souvent sans contexte, il est essentiel de distinguer ce qui est établi de ce qui relève de l’hypothèse ou de la spéculation.
Ce livre adopte une démarche documentaire. Les contrats fédéraux, les communiqués officiels, les rapports institutionnels, les auditions parlementaires et les enquêtes de presse constitueront la base de l’analyse. Les récits diffusés sur les réseaux sociaux ou dans les communautés spécialisées seront également étudiés, non pour les valider ou les écarter a priori, mais pour comprendre leur origine, leur diffusion et leur influence sur la perception du public.
Enfin, cette enquête s’inscrit dans une réflexion plus large sur les transformations de la communication gouvernementale à l’ère numérique. L’histoire de 45Press dépasse le cas d’une seule entreprise : elle interroge la manière dont les institutions choisissent leurs partenaires technologiques, construisent leurs outils de communication et répondent à une demande croissante de transparence.
Introduction générale
Une entreprise presque invisible
Au début de l’année 2026, peu de personnes en dehors du monde du développement web avaient entendu parler de 45Press. Implantée dans une petite ville de l’Ohio, cette entreprise semblait évoluer loin des grands centres de décision fédéraux et des géants de la technologie. Pourtant, en quelques semaines, son nom apparaît dans les registres des marchés publics, dans la presse spécialisée, puis sur les réseaux sociaux.
Pourquoi cette société a-t-elle été choisie ? Quelles compétences a-t-elle mises en avant ? Comment s’est déroulée la procédure de sélection ? Et pourquoi cette attribution a-t-elle été associée, parfois de manière hâtive, au débat sur les UAP ?
Ces questions constituent le point de départ de notre enquête.
Les objectifs de cette étude
L’ambition de cet article est triple :
- Documenter l’histoire de 45Press et le contexte de son contrat avec la Maison-Blanche.
- Expliquer le fonctionnement des marchés publics fédéraux et de la communication numérique de la présidence.
- Analyser la naissance et la diffusion des récits qui ont rapproché cette entreprise du dossier des UAP.
Cette approche permettra au lecteur de comprendre non seulement les faits, mais aussi les mécanismes par lesquels une information technique peut devenir un objet de débat public.
Chaque chapitre s’appuiera en priorité sur des documents vérifiables : contrats, communiqués, rapports gouvernementaux, auditions parlementaires et archives publiques. Lorsque des interprétations ou des controverses seront évoquées, elles seront clairement identifiées comme telles et confrontées aux éléments disponibles.
Cette méthode vise à offrir une lecture nuancée, où la curiosité pour un sujet sensible s’accompagne d’une exigence constante de rigueur.
Chapitre 1
45Press : une entreprise discrète au cœur de la communication présidentielle
« Les grandes enquêtes commencent souvent par une anomalie. Ici, elle prend la forme d’un nom presque inconnu : 45Press. »
Une entreprise que personne ne regardait

00 – Pendant des années, 45Press a évolué loin des projecteurs. Basée à Canfield, une petite commune du
nord-est de l’Ohio, l’entreprise appartenait à cette catégorie de sociétés spécialisées qui travaillent dans l’ombre : elles conçoivent des sites web, développent des applications, assurent la maintenance de plateformes numériques et résolvent des problèmes techniques sans jamais attirer l’attention du grand public.
Avant 2026, son nom apparaît rarement dans la presse nationale. Son activité se concentre sur des prestations de développement numérique pour des entreprises, des organismes publics et des institutions. À première vue, rien ne distingue cette société de centaines d’autres PME américaines spécialisées dans les technologies web.
Pourtant, au début de l’année 2026, son nom surgit dans un contexte inattendu : celui d’un contrat fédéral lié à la présence numérique de la Maison-Blanche. Ce passage d’un acteur régional à un prestataire travaillant pour l’exécutif américain constitue le point de départ de notre enquête.
Pour comprendre l’histoire de 45Press, il faut d’abord s’intéresser à son environnement.
L’entreprise est basée à Canfield, c’est est une petite ville située dans le comté de Mahoning, à une centaine de kilomètres de la frontière avec la Pennsylvanie. Elle appartient à une région marquée par la désindustrialisation progressive de la « Rust Belt », où l’économie s’est peu à peu diversifiée vers les services, les technologies et les activités de proximité.
Contrairement à l’image souvent associée aux entreprises du numérique, 45Press n’est pas née dans un incubateur de la Silicon Valley ni dans un quartier d’affaires de Washington. Son implantation illustre une évolution importante de l’économie numérique américaine : les compétences techniques ne sont plus concentrées dans quelques métropoles. Grâce au haut débit, au télétravail et aux outils collaboratifs, une équipe installée dans une ville moyenne peut répondre à des appels d’offres nationaux et gérer des projets complexes pour des clients répartis sur l’ensemble du territoire.
Cette décentralisation explique en partie pourquoi une société de taille modeste a pu être en mesure de candidater à un marché fédéral d’envergure.
Une spécialisation dans les technologies ouvertes
L’activité de 45Press s’inscrit dans un domaine parfois sous-estimé : le développement de plateformes numériques reposant sur des technologies dites « ouvertes », en particulier l’écosystème WordPress.
Si WordPress est souvent associé aux blogs personnels, cette perception est réductrice. Au fil des années, la plateforme est devenue un système de gestion de contenu capable d’alimenter des sites institutionnels à fort trafic, à condition d’être renforcée par une architecture adaptée, des mécanismes de sécurité avancés et une infrastructure d’hébergement performante.
Dans ce contexte, des entreprises comme 45Press ne se contentent pas de créer des sites internet. Elles interviennent sur des questions plus complexes :
- Conception d’architectures web évolutives ;
- Intégration de systèmes de gestion de contenu ;
- Développement d’applications mobiles reliées à ces plateformes ;
- Sécurisation des échanges de données ;
- Maintenance continue et déploiement de mises à jour.
Cette expertise, discrète mais essentielle, répond à des besoins croissants des administrations publiques, qui cherchent à moderniser leurs outils numériques tout en maîtrisant les coûts et en s’appuyant sur des technologies largement éprouvées.
Contrairement aux grandes entreprises cotées en bourse, les informations publiques concernant 45Press restent relativement limitées. Les données disponibles montrent toutefois une progression régulière de son activité au fil des années.
| Le contrat principal avec la Maison-Blanche (WhiteHouse.gov) En février 2026, 45Press a remporté un contrat fédéral majeur face à dix autres concurrents pour assurer la maintenance, le développement et l’infrastructure technique des plateformes numériques de l’administration. Montant global et durée : Un contrat-cadre sur 4 ans d’une valeur totale potentielle de 8 372 844 $. Première tranche (Obligation initiale) : Environ 1,4 à 1,5 million de dollars alloués immédiatement pour le support technique, l’hébergement web et le développement d’applications pour le Bureau de l’administration de l’Exécutif du Président (Executive Office of the President – OAIT). L’application mobile de la Maison-Blanche : C’est 45Press qui a développé la nouvelle application officielle de la Maison-Blanche lancée en mars 2026. Cette application a d’ailleurs fait l’objet de vives critiques dans la communauté des experts en cybersécurité et dans les médias (notamment Wired) car elle est « poussée » de force sur les téléphones professionnels des employés fédéraux sans possibilité de la supprimer, et partage des données techniques (adresses IP, fuseaux horaires) avec des services tiers. |
Son développement semble avoir reposé sur une stratégie classique dans le secteur des services numériques : construire une réputation technique, fidéliser des clients institutionnels et répondre à des projets de plus en plus ambitieux.
Cette trajectoire est caractéristique de nombreuses PME technologiques américaines. Plutôt que de rechercher une forte visibilité médiatique, elles misent sur la qualité de leurs réalisations, les recommandations de leurs clients et leur capacité à résoudre des problèmes complexes.
Cette discrétion explique en partie pourquoi l’attribution d’un contrat lié à la Maison-Blanche a surpris de nombreux observateurs. Pour une partie de la presse, il s’agissait d’une entreprise presque inconnue. Pour les professionnels du développement web, elle appartenait déjà à un réseau de prestataires reconnus pour leurs compétences techniques.
Une première question
L’examen des premières données disponibles conduit à une interrogation simple : comment une société de cette taille est-elle parvenue à accéder à un marché aussi prestigieux ?
Deux hypothèses peuvent être avancées.
- La première est la plus évidente : 45Press disposait des compétences techniques attendues et a présenté l’offre la plus convaincante dans le cadre de la procédure de sélection.
- La seconde, plus souvent évoquée dans les discussions en ligne, suppose que d’autres facteurs auraient pu intervenir.
À ce stade de notre enquête, aucune preuve ne permet de privilégier la seconde hypothèse. Les chapitres suivants examineront donc en détail les documents contractuels, les règles des marchés publics fédéraux et les éléments disponibles afin de déterminer ce que les faits permettent réellement de conclure.
C’est précisément cette démarche — partir d’une question plutôt que d’une conclusion — qui guidera l’ensemble de cette étude.
Chapitre 2
À l’intérieur des marchés publics de la Maison-Blanche
Comment 45Press a obtenu un contrat fédéral
« Dans l’imaginaire collectif, la Maison-Blanche choisit ses prestataires parmi les plus grandes entreprises technologiques américaines. La réalité est plus nuancée. Les règles de la commande publique permettent également à des PME spécialisées d’accéder à certains marchés, à condition de satisfaire à des critères précis de compétence, de sécurité et de conformité. »
Le mythe du « contrat attribué discrètement »
L’annonce de la participation de 45Press au développement de la nouvelle présence numérique de la Maison-Blanche a rapidement suscité des commentaires sur les réseaux sociaux. Pour certains internautes, il paraissait étonnant qu’une entreprise relativement peu connue puisse travailler pour la présidence des États-Unis.
Cette réaction repose cependant sur une idée largement répandue, mais inexacte : celle selon laquelle seuls les grands groupes du secteur de la défense ou de l’informatique seraient en mesure de répondre aux besoins numériques de l’exécutif américain.
En pratique, la commande publique fédérale est plus diversifiée. Si les grands programmes militaires ou les infrastructures critiques sont fréquemment confiés à de grandes entreprises, les projets numériques peuvent être attribués à des sociétés de taille plus modeste lorsqu’elles démontrent une expertise adaptée et répondent aux exigences administratives.
Comment fonctionne un marché fédéral ?
| Fiche d’identité officielle du Contrat Fédéral (SAM.gov et bases de données des contrats fédéraux), Le contrat a été enregistré et attribué au début de l’année 2026 sous les identifiants techniques suivants : Numéro d’attribution officiel (Award ID) : 11316026P0005OAS Numéro d’appel d’offres référencé (RFP ID) : 11316026Q0002OAS Identifiant d’entité unique (Unique Entity ID – UEI) : GDSNTEGLGPM3 Date d’attribution exacte : 6 février 2026 Nombre de soumissionnaires : 11 entreprises ont répondu à l’appel d’offres, et 45Press a remporté le marché. |
Le gouvernement des États-Unis achète chaque année des biens et des services pour des centaines de milliards de dollars. Ces achats sont encadrés par le Federal Acquisition Regulation (FAR), un ensemble de règles qui définit les principes de la commande publique fédérale : concurrence, transparence, justification des choix et contrôle des dépenses.
Selon la nature du projet, plusieurs procédures peuvent être utilisées :
- Appel d’offres ouvert ;
- Consultation restreinte ;
- Contrat négocié ;
- Recours à des accords-cadres préexistants ;
- Commandes passées par l’intermédiaire de véhicules contractuels spécialisés.
Dans tous les cas, les administrations doivent justifier le choix du prestataire retenu selon des critères définis à l’avance : compétences techniques, capacité financière, expérience, conformité réglementaire et coût.
Les besoins spécifiques de la Maison-Blanche
Les exigences de la présidence américaine vont bien au-delà du simple développement d’un site web.
Une plateforme officielle doit être capable :
- D’absorber des pics de fréquentation lors d’événements majeurs ;
- De résister à des tentatives de cyberattaque ;
- De diffuser rapidement des contenus multimédias ;
- De respecter des normes élevées d’accessibilité ;
- De garantir la disponibilité continue des services.
À ces contraintes s’ajoutent des obligations liées à la sécurité des données, à la protection des infrastructures et à la continuité des opérations.
Ainsi, un prestataire n’est pas seulement évalué sur la qualité de son code, mais aussi sur sa capacité à travailler dans un environnement où la fiabilité et la sécurité sont essentielles.
Le contrat de 45Press : ce que montrent les documents
Les informations publiques disponibles indiquent que 45Press a obtenu un contrat portant sur le développement et le support de la présence numérique de la Maison-Blanche. Les registres fédéraux permettent d’identifier la date d’attribution, la nature générale des prestations et la valeur potentielle du marché.
En revanche, tous les détails techniques du contrat ne sont pas rendus publics. Comme c’est souvent le cas pour des projets gouvernementaux, certaines spécifications restent limitées afin de ne pas exposer des informations sensibles relatives à l’architecture ou à la sécurité.
Il est donc important de distinguer les éléments établis par les documents accessibles au public des aspects qui demeurent confidentiels.
Pourquoi une PME peut-elle être retenue ?
Plusieurs facteurs peuvent expliquer la sélection d’une entreprise de taille modeste pour un projet national.
Le premier est la spécialisation. Une PME qui concentre son activité sur un domaine très précis peut disposer d’une expertise plus pointue que des groupes généralistes.
Le deuxième est l’agilité. Une structure réduite peut parfois adapter plus rapidement ses équipes, ses méthodes et ses outils aux besoins d’un client.
Le troisième est économique. Les administrations cherchent également à obtenir le meilleur rapport entre les performances attendues et le coût du projet.
Enfin, la politique fédérale encourage, dans certaines situations, la participation des petites et moyennes entreprises à la commande publique afin de maintenir un tissu économique diversifié et de stimuler l’innovation.
Ces facteurs, pris ensemble, permettent de comprendre pourquoi la taille d’une entreprise n’est pas, à elle seule, un indicateur déterminant.
Les interrogations soulevées après l’attribution
À la suite de l’annonce du contrat, plusieurs médias américains se sont intéressés à 45Press et à son dirigeant. Des articles ont notamment examiné son parcours professionnel, ses publications personnelles et certains aspects techniques de l’application développée pour la Maison-Blanche.
Ces enquêtes ont alimenté le débat public. Elles montrent qu’un contrat de cette nature attire inévitablement l’attention, en particulier lorsqu’il concerne un prestataire jusque-là peu connu.
Toutefois, il convient de rappeler une distinction essentielle : le fait qu’un marché public suscite des questions ne signifie pas qu’il existe des irrégularités. Une enquête journalistique a précisément pour fonction d’examiner les faits, de confronter les sources et d’évaluer les éléments disponibles, sans conclure au-delà de ce que permettent les preuves.
Entre transparence et limites documentaires
L’étude des marchés publics fédéraux révèle une tension permanente. D’un côté, les autorités américaines publient un grand nombre d’informations destinées à garantir la transparence de l’action publique. De l’autre, certains éléments restent volontairement confidentiels pour des raisons de sécurité nationale ou de protection des infrastructures.
Cette situation crée un espace où coexistent des données vérifiables et des zones d’incertitude. C’est souvent dans cet intervalle que naissent les interprétations, parfois légitimes, parfois spéculatives.
Pour le chercheur comme pour le journaliste, la méthode consiste alors à reconnaître explicitement ces limites : ce que les documents permettent d’affirmer doit être distingué de ce qu’ils ne permettent pas d’établir.
Transition vers le chapitre suivant
Comprendre comment 45Press a pu accéder à un contrat fédéral constitue une première étape. La suivante consiste à examiner le produit lui-même : l’application officielle de la Maison-Blanche.
Quelles étaient ses fonctionnalités ? Quels objectifs poursuivait-elle ? Comment s’intégrait-elle dans la stratégie de communication présidentielle ? Et pourquoi son lancement a-t-il été rapproché, dans certains récits, de la politique de transparence sur les UAP ?
C’est à ces questions que sera consacré le chapitre suivant.
Chapitre 3
L’application de la Maison-Blanche
Un nouvel outil de communication présidentielle
« Une application mobile n’est jamais un simple logiciel. Elle reflète une vision de la communication, du rapport aux citoyens et de la circulation de l’information. »
Le lancement du 27 mars 2026

Le 27 mars 2026, la Maison-Blanche annonce officiellement le lancement de sa première application mobile destinée au grand public. La présentation est soigneusement orchestrée : quelques jours auparavant, des publications énigmatiques diffusées sur les réseaux sociaux officiels avaient alimenté les spéculations. Certains internautes imaginaient une annonce diplomatique majeure, d’autres un programme lié à l’intelligence artificielle ou à la déclassification de documents sensibles.
La révélation est finalement plus sobre : il s’agit d’une application mobile permettant de suivre directement l’activité de la présidence américaine. Selon le communiqué officiel, l’objectif est de proposer des informations « directement à la source », en temps réel, sans passer par les intermédiaires traditionnels que constituent les médias ou les plateformes sociales.
Cette communication met en avant une idée simple : offrir aux citoyens un accès immédiat aux annonces présidentielles, aux conférences de presse, aux vidéos, aux photographies officielles et aux principales initiatives de l’administration.
L’application ne doit pas être analysée comme un simple produit numérique. Elle s’inscrit dans une stratégie de communication plus large visant à établir une relation directe entre l’exécutif et le public.
Depuis une quinzaine d’années, les administrations américaines utilisent de plus en plus les outils numériques pour diffuser leurs messages. Les réseaux sociaux ont progressivement modifié les pratiques de communication présidentielle. Avec cette application, une étape supplémentaire est franchie : la Maison-Blanche dispose désormais de son propre canal de diffusion, indépendant des plateformes commerciales.
Le discours officiel insiste sur plusieurs avantages :
- Diffusion immédiate des annonces importantes ;
- Retransmission en direct des événements officiels ;
- Accès centralisé aux photographies, vidéos et communiqués ;
- Notifications en temps réel ;
- Possibilité pour les citoyens d’adresser un message à l’administration.
L’application est ainsi présentée comme un outil de proximité entre la présidence et les citoyens.
Pièce n° 1 — Les fonctionnalités annoncées
01 – Photo : l’application sur le smarphone

Le communiqué de lancement décrit les principales fonctions de l’application :
- Alertes sur les annonces présidentielles ;
- Diffusion en direct des conférences de presse ;
- Bibliothèque multimédia ;
- Suivi des politiques publiques mises en avant par l’administration ;
- Formulaire de contact permettant d’envoyer un message à la Maison-Blanche.
Ces fonctionnalités ne constituent pas une innovation technologique en elles-mêmes. Leur intérêt réside davantage dans leur intégration au sein d’une application unique, identifiée comme le canal officiel de la présidence.
Une interface pensée pour la diffusion continue
Les premières analyses de l’application montrent qu’elle repose sur une logique de consultation permanente. L’utilisateur est invité à recevoir des notifications, à suivre les événements en direct et à consulter régulièrement les contenus mis à jour.
L’architecture privilégie la rapidité d’accès à l’information plutôt que des fonctionnalités interactives complexes. À cet égard, l’application ressemble davantage à une plateforme d’information institutionnelle qu’à un réseau social.
Cette orientation correspond à une évolution plus générale de la communication publique : les administrations cherchent à produire leurs propres espaces de diffusion afin de limiter leur dépendance vis-à-vis d’acteurs privés.
Pièce n° 2 — Ce que l’application n’est pas
L’un des enseignements les plus importants de cette enquête est négatif : malgré les nombreuses affirmations relayées sur Internet, rien dans les documents officiels ne présente cette application comme une plateforme consacrée aux UAP ou aux OVNI.
Ni le communiqué de lancement, ni la page officielle de présentation, ni les descriptions disponibles sur les boutiques d’applications ne mentionnent une fonction spécifique liée aux phénomènes aériens non identifiés.
Cette distinction est essentielle. L’application a été lancée dans une période où les questions relatives aux UAP occupaient une place importante dans le débat public américain. Cette concomitance a favorisé des rapprochements qui ne sont pas confirmés par les sources officielles.
Les premières critiques
Quelques jours après le lancement, des chercheurs en cybersécurité et plusieurs médias spécialisés commencent à examiner le fonctionnement technique de l’application.
Leurs analyses portent notamment sur :
- La gestion des données ;
- Certains composants logiciels utilisés ;
- Les mécanismes de suivi technique (analytics) ;
- Les dépendances vers des services tiers.
Ces travaux ne concluent pas tous aux mêmes résultats, mais ils soulignent l’importance de la transparence lorsqu’une application est présentée comme un canal officiel de communication gouvernementale.
Parallèlement, des spécialistes de la sécurité informatique recommandent de distinguer les vulnérabilités potentielles identifiées lors des premières versions de l’application des correctifs qui peuvent être apportés au fil des mises à jour.
Une polémique amplifiée par les réseaux sociaux
L’application devient rapidement un objet de débat politique.
Pour ses partisans, elle constitue un moyen efficace de recevoir directement les annonces présidentielles.
Pour ses détracteurs, elle représente un outil de communication institutionnelle fortement orienté vers la valorisation de l’action de l’exécutif. Certains critiques estiment que la sélection des contenus et des sources d’information favorise un récit positif de l’administration.
Cette polarisation montre qu’une application officielle ne peut être comprise uniquement comme un produit informatique : elle est aussi un objet politique.
Pourquoi 45Press attire l’attention
C’est dans ce contexte que le nom de 45Press apparaît dans la presse nationale.
La société, jusque-là peu connue du grand public, devient le développeur associé à une application qui concentre désormais les débats sur la communication présidentielle, la cybersécurité et, indirectement, les spéculations relatives aux UAP.
Ce changement d’échelle médiatique est remarquable. En l’espace de quelques semaines, une entreprise régionale se retrouve citée dans des articles de grands médias technologiques et politiques. Certains s’intéressent à la qualité technique de l’application, d’autres au profil de ses dirigeants ou au processus d’attribution du marché.
Conclusion
L’étude de l’application officielle de la Maison-Blanche conduit à une première conclusion importante.
Les documents publics montrent qu’elle a été conçue comme un outil général de communication présidentielle. Les fonctionnalités annoncées concernent l’information institutionnelle, les retransmissions en direct et les échanges avec l’administration. Aucun élément officiel ne permet d’affirmer qu’il s’agissait d’une application consacrée aux UAP.
En revanche, son lancement est intervenu dans un contexte politique où les phénomènes aériens non identifiés faisaient l’objet d’une attention accrue. Cette proximité chronologique a suffi à alimenter un récit plus large, dans lequel l’application, son développeur et les débats sur les UAP se sont progressivement trouvés associés.
Pour comprendre comment cette association s’est construite, il faut désormais remonter plusieurs décennies en arrière et revenir sur l’évolution de la politique américaine concernant les phénomènes aériens non identifiés.
C’est l’objet du chapitre suivant.
Chapitre 4
Les UAP : de « l’âge des soucoupes volantes » à la reconnaissance institutionnelle
1947–1969 : les fondations d’un dossier d’État
« Les phénomènes aériens non identifiés ne sont pas nés avec Internet. Bien avant les réseaux sociaux et les vidéos virales, ils étaient déjà un sujet de préoccupation pour les forces armées américaines, les services de renseignement et les responsables politiques. Comprendre cette histoire est indispensable pour analyser les débats contemporains. »
1947 : une année fondatrice

02 Photo Kenneth Arnold
L’année 1947 marque un tournant dans l’histoire des phénomènes aériens non identifiés aux États-Unis.
Le 24 juin, le pilote privé Kenneth Arnold rapporte avoir observé neuf objets évoluant à grande vitesse près du Mount Rainier. Son témoignage, largement relayé par la presse, popularise l’expression « soucoupes volantes » (flying saucers), même
si Arnold avait décrit le mouvement des objets plutôt que leur forme.
Quelques semaines plus tard survient l’affaire de Roswell Army Air Field, qui deviendra l’un des épisodes les plus célèbres de l’histoire des OVNI. Le communiqué initial de l’armée évoquant la récupération d’un « disque volant » est rapidement remplacé par une explication faisant état d’un ballon météorologique. Des décennies plus tard, les autorités américaines attribueront l’incident au programme secret Project Mogul, destiné à détecter d’éventuels essais nucléaires soviétiques.
Ces deux événements installent durablement le sujet dans le débat public et conduisent l’armée américaine à s’y intéresser de manière plus structurée.
Les premiers programmes d’enquête
À partir de 1948, l’armée de l’air met en place une série de programmes destinés à collecter et à analyser les signalements d’objets aériens inexpliqués.
Le premier, Project Sign, poursuit un double objectif : déterminer si ces observations représentent une menace pour la sécurité nationale et évaluer si certaines peuvent s’expliquer par des phénomènes connus.
Il est rapidement remplacé par Project Grudge, dont l’approche se montre plus sceptique. Les enquêtes privilégient souvent des explications conventionnelles, comme des erreurs d’identification, des phénomènes météorologiques ou des observations astronomiques.
En 1952, ces travaux débouchent sur la création de Project Blue Book, qui deviendra le programme officiel le plus connu consacré aux OVNI.
Pendant près de dix-sept ans, Blue Book recueille plus de 12 000 signalements. La majorité reçoit une explication jugée satisfaisante ; une fraction demeure toutefois classée comme « non identifiée ».
Il est important de souligner que, dans le langage administratif de l’époque, « non identifié » ne signifie pas « d’origine extraterrestre ». Cette catégorie indique simplement qu’aucune explication n’a pu être établie à partir des informations disponibles.
Les années 1950 : entre sécurité nationale et guerre froide
Pour comprendre la prudence des autorités, il faut replacer ces enquêtes dans leur contexte historique.
Les États-Unis sont alors engagés dans la guerre froide. Les progrès rapides de l’aviation militaire, le développement des missiles et la crainte d’une surprise stratégique conduisent les forces armées à examiner avec attention tout phénomène aérien inhabituel.
Plusieurs observations d’OVNI concernent en réalité des essais d’aéronefs expérimentaux, des ballons de recherche ou des programmes classifiés. À l’inverse, certains responsables redoutent qu’un adversaire puisse exploiter la vague d’observations pour saturer les systèmes de surveillance ou diffuser de la désinformation.
Les dossiers UAP s’inscrivent donc, dès l’origine, dans une problématique de sécurité nationale autant que dans une question scientifique.
Le rapport Condon et la fin de Blue Book
À la fin des années 1960, l’armée de l’air sollicite une évaluation indépendante conduite par le physicien Edward Condon à l’University of Colorado Boulder.
Publié en 1969, le rapport Condon conclut que l’étude des OVNI n’a pas apporté de découvertes scientifiques majeures justifiant la poursuite d’un programme spécifique. Cette conclusion contribue à la fermeture de Project Blue Book la même année.
L’armée de l’air annonce alors qu’aucun élément examiné ne démontre que les phénomènes observés constituent une menace directe pour la sécurité nationale ou la preuve d’une technologie dépassant les connaissances scientifiques de l’époque.
Cette décision marque la fin d’un programme officiel, mais non la fin de l’intérêt des institutions américaines pour le sujet.
Ce que montre cette première période
Entre 1947 et 1969, plusieurs enseignements se dégagent.
D’abord, les autorités américaines ont consacré des ressources importantes à l’étude des observations aériennes inhabituelles. Ensuite, les conclusions officielles sont demeurées prudentes : si la plupart des cas ont reçu une explication conventionnelle, certains sont restés inexpliqués faute de données suffisantes.
Enfin, cette période montre que le phénomène a été abordé avant tout comme une question de défense et de renseignement. La recherche d’hypothèses extraordinaires n’était pas l’objectif premier ; il s’agissait de déterminer si les observations révélaient une menace pour les États-Unis.
Cette approche institutionnelle constitue le socle sur lequel se développeront, plusieurs décennies plus tard, les programmes contemporains consacrés aux UAP.
Le retour des UAP dans l’agenda des institutions américaines
De 2004 à 2024 : de l’incident opérationnel à la politique publique
« Le changement majeur du XXIᵉ siècle n’est pas l’apparition de nouveaux phénomènes. C’est la décision des institutions américaines d’en parler publiquement, d’organiser leur étude et d’en rendre compte au Congrès. »
Une nouvelle génération d’observations
Après la fermeture de Project Blue Book en 1969, beaucoup ont cru que le gouvernement américain avait définitivement abandonné l’étude des phénomènes aériens non identifiés.
Les documents publiés depuis montrent une réalité plus nuancée.
À partir des années 2000, plusieurs équipages militaires rapportent des observations inhabituelles lors de missions d’entraînement, notamment au large des côtes américaines. Ces incidents présentent une caractéristique nouvelle : ils sont documentés non seulement par des témoignages de pilotes, mais également par des capteurs embarqués, des radars et des systèmes infrarouges.
Cette évolution modifie profondément la nature du débat. Les autorités ne s’intéressent plus seulement aux récits d’observation ; elles cherchent à comprendre des événements détectés par plusieurs systèmes techniques simultanément.
Le tournant de 2017

L’année 2017 constitue un moment charnière.
La révélation de l’existence d’un ancien programme du Département de la Défense consacré à l’étude de certains phénomènes aériens, connu sous le nom
Photo 03 : AATIP
d’Advanced Aerospace Threat Identification Program (AATIP), attire une attention considérable. Dans le même temps, des vidéos enregistrées par des pilotes de l’US Navy sont rendues publiques et largement commentées.
Pour la première fois depuis plusieurs décennies, le sujet des UAP quitte les marges du débat public pour devenir un objet de discussion politique, militaire et scientifique.
Il est important de noter que la publication de ces vidéos ne constitue pas, en elle-même, une preuve d’une origine extraordinaire des phénomènes observés. Elle montre surtout que certaines observations effectuées par des militaires n’ont pas reçu d’explication immédiate au moment où elles ont été enregistrées.
La création de la UAP Task Force
Face à l’augmentation des signalements et à l’intérêt croissant du Congrès, le Département de la Défense met en place en 2020 la Unidentified Aerial Phenomena Task Force (UAPTF).
Sa mission est clairement définie :
- Centraliser les signalements provenant des forces armées ;
- Améliorer les procédures de collecte des données ;
- Déterminer si certains phénomènes représentent un risque pour la sécurité nationale ;
- Fournir une évaluation régulière aux autorités civiles et militaires.
Ce changement est important. Les UAP ne sont plus abordés uniquement comme une curiosité historique ; ils deviennent un sujet de gestion des risques, au même titre que les drones non identifiés, les intrusions dans des espaces aériens sensibles ou les nouvelles capacités technologiques d’États étrangers.
Le rapport préliminaire de 2021
Le 25 juin 2021, le Office of the Director of National Intelligence publie une première évaluation publique consacrée aux UAP.
Ce document marque une rupture avec les décennies précédentes.
Il indique notamment que :
Les données disponibles sont souvent insuffisantes pour tirer des conclusions définitives ;
Plusieurs catégories d’explications sont envisageables (phénomènes naturels, objets aériens conventionnels, erreurs de mesure, systèmes étrangers ou autres causes) ;
Certains événements restent inexpliqués faute d’informations suffisantes ;
Les UAP peuvent représenter un enjeu de sécurité aérienne et de renseignement.
Le rapport ne conclut pas à l’existence d’une technologie non humaine. Il souligne avant tout la nécessité d’améliorer la collecte et l’analyse des données.
Cette nuance est fondamentale : un phénomène non identifié n’est pas synonyme d’un phénomène inexplicable.
De la UAPTF à l’AARO
Les évolutions institutionnelles s’accélèrent ensuite.
En novembre 2021, la UAP Task Force est remplacée par l’Airborne Object Identification and Management Synchronization Group (AOIMSG), chargé de mieux coordonner les différentes composantes du Département de la Défense.
Quelques mois plus tard, en juillet 2022, cette structure est à son tour remplacée par l’All-domain Anomaly Resolution Office (AARO). Son champ d’action est élargi : il ne concerne plus uniquement les phénomènes observés dans l’espace aérien, mais également ceux signalés dans les domaines maritime, spatial, terrestre et sous-marin.
Cette évolution traduit un changement de philosophie. Les autorités américaines privilégient désormais une approche globale des « phénomènes anormaux », indépendamment de leur environnement d’observation.
Le rôle du Congrès
Parallèlement, le Congrès renforce son contrôle sur la question.
Des auditions publiques sont organisées afin d’entendre des responsables militaires, des représentants du renseignement et, plus tard, plusieurs anciens membres des forces armées ayant affirmé disposer d’informations sur des programmes classifiés.
Ces auditions ne débouchent pas sur un consensus. Elles révèlent cependant une évolution institutionnelle importante : les élus considèrent désormais que les UAP relèvent d’un sujet légitime de surveillance parlementaire.
Le débat ne porte plus seulement sur la nature des phénomènes observés, mais également sur la qualité des procédures de signalement, la circulation de l’information entre agences et la transparence vis-à-vis des représentants élus.
L’entrée de la NASA dans le débat
En parallèle des travaux du Département de la Défense, la NASA crée en 2022 un groupe d’étude indépendant consacré aux UAP.
Sa mission est différente de celle de l’AARO.
La NASA ne cherche pas à conduire des enquêtes de contre-ingérence ou de sécurité nationale. Elle s’intéresse principalement aux méthodes scientifiques permettant d’améliorer la qualité des observations et des données disponibles.
Le rapport publié en 2023 insiste sur un point essentiel : l’étude des UAP nécessite des données de meilleure qualité, des protocoles standardisés et une approche scientifique rigoureuse. Il ne conclut pas à une origine extraterrestre des phénomènes étudiés.
Un changement de vocabulaire révélateur
L’un des changements les plus significatifs concerne le langage utilisé par les institutions.
Le terme « OVNI » (UFO) est progressivement remplacé par « UAP » (Unidentified Aerial Phenomena), puis par « Unidentified Anomalous Phenomena ».
Cette évolution n’est pas uniquement sémantique.
Elle traduit une volonté d’élargir le champ d’analyse et d’éviter les connotations culturelles associées au terme « OVNI ». Le nouveau vocabulaire permet d’inclure des phénomènes observés dans différents milieux et de privilégier une approche descriptive plutôt qu’interprétative.
Une histoire de méthode plus que de révélations
L’évolution des politiques publiques entre 2017 et 2024 montre que la principale transformation ne réside pas dans la découverte d’une preuve décisive, mais dans la mise en place d’une méthode institutionnelle.
- Collecter davantage de données.
- Normaliser les procédures.
- Croiser les informations issues de différents capteurs.
- Partager les résultats avec le Congrès.
- Publier des rapports périodiques.
Autrement dit, les autorités américaines cherchent à construire une capacité permanente d’analyse plutôt qu’à annoncer des conclusions spectaculaires.
Cette distinction est essentielle pour comprendre les débats qui émergeront ensuite autour de la communication présidentielle et, indirectement, autour de 45Press.
Note d’auteur
À partir du chapitre 5, nous arrivons au cœur de votre enquête : pourquoi le nom de 45Press est-il devenu associé aux UAP ? Nous y analyserons, documents et chronologie à l’appui, la naissance de cette association dans les médias et sur les réseaux sociaux, en séparant soigneusement les faits établis des interprétations. C’est probablement le chapitre qui donnera toute sa valeur à l’ouvrage.
Chapitre 5
Quand le nom de 45Press entre dans le débat sur les UAP
Une enquête sur la naissance d’un récit
« Les grandes controverses contemporaines ne naissent pas toujours d’un fait spectaculaire. Elles émergent souvent de la rencontre entre plusieurs informations exactes, rapprochées jusqu’à produire un récit qui semble cohérent, même lorsqu’aucun lien direct n’est établi. »
Une entreprise propulsée sous les projecteurs

05 photo – Joël Kendall – présentation
Au moment où 45Press décroche un contrat lié à la présence numérique de la Maison-Blanche, l’entreprise demeure largement inconnue du grand public. Son activité s’inscrit dans un secteur technique, celui du développement web, où les prestataires travaillent le plus souvent dans l’ombre de leurs clients.
La situation change rapidement lorsque plusieurs médias spécialisés commencent à s’intéresser au contrat et à ses acteurs. Ce qui n’était, à l’origine, qu’un marché public devient progressivement un sujet de débat, non seulement sur les aspects techniques du projet, mais aussi sur l’identité de ceux qui l’ont réalisé.
Cette évolution illustre un phénomène désormais fréquent : à l’ère numérique, la visibilité d’une entreprise peut changer en quelques jours lorsque son nom est associé à une institution de premier plan.
Une chronologie qui interpelle
Pour comprendre l’origine des spéculations, il est utile d’examiner les faits dans leur ordre chronologique.
- Une entreprise spécialisée dans le développement web obtient un contrat fédéral.
- La Maison-Blanche lance une nouvelle application destinée à renforcer sa communication directe avec les citoyens.
- Dans le même contexte politique, les UAP continuent de faire l’objet de rapports officiels, d’auditions parlementaires et d’une forte couverture médiatique.
- Des journalistes examinent le parcours public du dirigeant de 45Press.
- Les réseaux sociaux rapprochent ces différents éléments et proposent des interprétations allant bien au-delà de ce que démontrent les documents disponibles.
Pris isolément, chacun de ces faits est documenté. C’est leur mise en relation qui ouvre la voie à des lectures concurrentes.
Le rôle des médias
Lorsque des journalistes enquêtent sur 45Press, ils ne cherchent pas à démontrer un lien avec les UAP. Leur démarche consiste d’abord à comprendre comment une entreprise relativement discrète a obtenu un contrat aussi visible et à examiner son parcours. Au cours de ces recherches, certains articles évoquent des contenus publiés auparavant par des responsables ou des membres de l’entreprise sur des sujets variés, dont les OVNI et d’autres thèmes atypiques.
Ces éléments sont réels dans la mesure où ils relèvent d’activités publiques ou de prises de parole personnelles. En revanche, aucun document public ne montre que ces intérêts aient joué un rôle dans l’attribution du contrat.
Cette distinction est essentielle : une enquête journalistique peut révéler des faits biographiques sans que ceux-ci constituent une preuve d’une influence sur une décision administrative.
Les réseaux sociaux et la construction d’un récit
Les plateformes numériques favorisent souvent une logique de rapprochement. Lorsqu’un contrat gouvernemental, une actualité sur les UAP et le profil personnel d’un dirigeant apparaissent dans un même espace de discussion, certains utilisateurs sont tentés d’y voir une cohérence cachée. Ce mécanisme est bien connu des chercheurs en sciences de l’information. Le cerveau humain cherche spontanément des relations entre des événements proches dans le temps, même lorsque ces relations ne sont pas démontrées.
Dans le cas de 45Press, plusieurs récits émergent :
- L’entreprise aurait été choisie en raison d’intérêts particuliers de ses dirigeants ;
- L’application aurait été conçue pour préparer une communication sur les UAP ;
- Le contrat révélerait une stratégie plus large de contrôle de l’information.
À ce jour, ces hypothèses ne sont corroborées par aucun document officiel rendu public.
Ce que disent les documents

05 Le circuit complexe des rapports publics
Les contrats publics accessibles, les communiqués officiels et les descriptions de l’application permettent d’établir plusieurs points.
L’application est présentée comme un outil général de communication de la présidence.
Le contrat concerne des prestations numériques liées à cette présence en ligne.
Les rapports publics sur les UAP sont élaborés dans d’autres cadres institutionnels, impliquant principalement le Département de la Défense, la communauté du renseignement et les commissions compétentes du Congrès.
Autrement dit, les sources disponibles décrivent deux dossiers distincts, même si leur proximité chronologique a favorisé leur association dans le débat public.
La différence entre corrélation et causalité
L’un des enseignements majeurs de cette enquête concerne la distinction entre deux notions souvent confondues.
Une corrélation signifie que deux événements se produisent dans un contexte similaire ou à une période proche.
Une causalité suppose qu’il existe un lien démontré montrant que l’un est à l’origine de l’autre. Dans le cas étudié, la corrélation est manifeste : le contrat de 45Press et l’intensification des discussions officielles sur les UAP interviennent dans une même période.
En revanche, la causalité n’est pas établie par les documents publics actuellement disponibles. Cette nuance, souvent absente des discussions en ligne, constitue pourtant le cœur de toute démarche d’investigation.
Pourquoi cette affaire demeure intéressante
Constater l’absence de preuve d’un lien direct ne signifie pas que le sujet est dépourvu d’intérêt.
Au contraire, cette affaire révèle plusieurs évolutions importantes :
- La transformation de la communication présidentielle à l’ère des applications mobiles ;
- La place croissante des PME technologiques dans les marchés publics fédéraux ;
- Le regain d’intérêt institutionnel pour les UAP ;
- La vitesse avec laquelle les réseaux sociaux peuvent construire un récit reliant des événements distincts.
Ces phénomènes, pris ensemble, expliquent pourquoi le nom de 45Press a acquis une visibilité inattendue.
Conclusion
L’histoire de 45Press n’est pas seulement celle d’un contrat public. Elle est aussi celle d’un récit contemporain, né de la rencontre entre une actualité politique, un sujet scientifique controversé et les mécanismes de diffusion propres aux plateformes numériques.
Pour l’enquêteur, cette histoire rappelle une règle simple : les coïncidences méritent d’être examinées, mais elles ne constituent pas, à elles seules, des preuves. C’est en confrontant systématiquement les récits aux documents que l’on peut distinguer ce qui relève de l’information, de l’interprétation ou de la spéculation.
Chapitre 6
Les documents parlent
Comment construire une enquête à partir des sources publiques
« Une enquête sérieuse ne consiste pas à accumuler des informations, mais à établir leur origine, leur contexte et leur degré de fiabilité. »
Pourquoi revenir aux documents ?
Dans un dossier où se croisent marchés publics, communication présidentielle et UAP, les récits circulent souvent plus vite que les preuves. Les réseaux sociaux, les vidéos et les articles d’opinion peuvent donner l’impression qu’un faisceau d’indices suffit à établir une conclusion.
La démarche retenue dans cette étude est différente. Elle consiste à revenir systématiquement aux documents qui ont une valeur probante : contrats publics, communiqués officiels, rapports gouvernementaux, auditions parlementaires et registres administratifs.
Cette méthode ne garantit pas que toutes les questions trouveront une réponse. En revanche, elle permet de savoir ce qui est établi, ce qui reste incertain et ce qui relève d’une interprétation.
Les catégories de sources
L’enquête repose sur plusieurs familles de documents.
Les contrats publics
Les marchés publics fédéraux fournissent des informations sur la nature générale des prestations, les dates d’attribution, les parties contractantes et, dans certains cas, les montants engagés.
Ils permettent de reconstituer le cadre administratif d’un projet, mais ils ne donnent pas nécessairement accès aux spécifications techniques détaillées, qui peuvent rester confidentielles pour des raisons de sécurité.
Les communiqués institutionnels
Les administrations publient régulièrement des annonces destinées à présenter leurs initiatives. Ces textes décrivent les objectifs affichés d’un projet et la manière dont les autorités souhaitent le présenter au public.
Ils constituent une source précieuse, mais doivent être lus comme des documents de communication. Leur rôle est d’informer, mais aussi de valoriser l’action de l’institution.
Les rapports officiels
| La publication officielle obligatoire (SAM.gov / HigherGov) L’existence et les détails du contrat sont traçables directement à travers les obligations de transparence des marchés publics américains (System for Award Management – SAM.gov). C’est par ce biais que les plateformes d’analyse de données d’État (comme HigherGov ou OrangeSlices AI) répertorient la fiche technique officielle de la commande : L’intitulé officiel enregistré : « Web Hosting and Development Professional Services for the Executive Office of the President » Le cahier des charges textuel (Scope of Work) : « Le contractant est responsable du soutien, de la maintenance, du développement et de l’amélioration de wh.gov ainsi que de tous les sites autonomes associés, sous-sites et microsites nécessitant un accès 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Les tâches comprennent la surveillance des progrès techniques, la résolution des problèmes techniques, l’inspection des livrables et l’assurance de la conformité. » C’est cette mention explicite des sites autonomes associés et microsites de l’exécutif qui couvre juridiquement et techniquement le développement des portails de diffusion de données ordonnés par la présidence, à l’image du programme PURSUE (hébergé sous l’architecture du Département de la Guerre pour des raisons évidentes de gestion des serveurs militaires). |
Les rapports du Département de la Défense, de la communauté du renseignement ou d’autres organismes publics ont une fonction différente. Ils synthétisent des travaux d’analyse et répondent souvent à une demande du Congrès ou à une obligation légale.
Ces documents sont généralement plus détaillés sur les méthodes employées et les limites des conclusions.
Les auditions parlementaires
Les commissions du Congrès offrent un éclairage complémentaire. Les déclarations des témoins, les questions des élus et les échanges entre responsables permettent de comprendre les préoccupations institutionnelles du moment.
Toutefois, une audition ne constitue pas à elle seule une preuve. Les témoignages doivent être confrontés aux autres éléments du dossier.
Ce que les documents ne disent pas
Une enquête documentaire est également définie par ses silences. Il arrive que certains aspects d’un contrat ne soient pas publics. Il est fréquent que des informations techniques soient volontairement omises afin de protéger des infrastructures sensibles. De même, certaines décisions administratives ne sont expliquées qu’en partie dans les documents accessibles.
Ces absences ne doivent pas être interprétées automatiquement comme la preuve d’une dissimulation. Elles peuvent résulter d’obligations légales, de considérations de sécurité ou de simples limites de publication.
Reconnaître ce que les documents ne permettent pas d’établir est une composante essentielle de la méthode.
L’importance de la chronologie
L’un des outils les plus efficaces de l’enquête est la chronologie.
En replaçant chaque document dans son contexte, il devient possible de distinguer une succession d’événements d’une relation de cause à effet.
Cette précaution est particulièrement importante dans l’affaire étudiée. Plusieurs annonces importantes sont intervenues dans une période rapprochée : évolution des politiques publiques sur les UAP, développement d’outils numériques, attribution de marchés publics et débats médiatiques.
Le simple fait que ces événements soient contemporains ne suffit pas à démontrer qu’ils sont liés.
La confrontation des sources
Aucune source ne doit être considérée isolément. Un contrat peut être complété par un communiqué. Un communiqué peut être éclairé par une audition parlementaire. Un rapport peut être confronté aux déclarations d’un responsable administratif ou aux analyses d’un spécialiste indépendant.
Cette confrontation permet d’éviter deux écueils :
- Accorder une confiance excessive à une seule source ;
- Construire une interprétation à partir d’un document sorti de son contexte.
La solidité d’une enquête dépend moins du nombre de documents consultés que de la manière dont ils sont mis en relation.
Une méthode plus qu’une conclusion
Au terme de cette étude, le lecteur pourra être tenté de rechercher une réponse simple à une question complexe.
Or, la principale leçon de cette enquête est peut-être ailleurs.
Elle montre qu’une méthode rigoureuse conduit parfois à reconnaître l’existence d’incertitudes plutôt qu’à combler les vides par des hypothèses.
Dans le domaine des UAP comme dans celui des marchés publics, cette prudence n’est pas une faiblesse. Elle constitue au contraire la condition d’une analyse crédible.
Conclusion du chapitre
Les documents ne parlent jamais seuls. Ils doivent être replacés dans leur contexte, comparés, datés et interprétés avec précaution. Cette exigence explique pourquoi certaines affirmations largement diffusées dans le débat public ne résistent pas à l’examen des sources, tandis que d’autres, plus discrètes, prennent une importance nouvelle lorsqu’elles sont replacées dans un ensemble cohérent.
L’enquête se poursuit donc non par la recherche d’une révélation unique, mais par l’accumulation patiente d’indices vérifiables. C’est cette méthode, davantage qu’une conclusion spectaculaire, qui donne sa valeur à l’investigation.
Quelques sources :
New White House App Delivers Unparalleled Access to the Trump Administration – The White House
White House Mobile App – The White House
Security Analysis of the Official White House iOS App | atomic.computer
Federal Workers Can’t Get the White House’s App Off Their Phones | WIRED
What Is the New White House App? We Tested It To Find Out | WhistleOut
President Donald J. Trump Announces the Official White House App – The White House
White House Reveals New App After Cryptic Posts: Full List of Features – Newsweek
What Is the New White House App? We Tested It To Find Out | WhistleOut
The White House has an Android app now – Android Authority
La Casa Blanca lanza una app de noticias del presidente Trump
White House Mobile App – The White House
JUST LAUNCHED • MARCH 2026 THE WHITE HOUSE. Right in your pocket. Official mobile app from the
UAP Task Force — the AARO predecessor, on the record · Disclosure Archives
AARO Historical Record Report Volume 1
AARO Historical Record Report Volume 1
UAP Disclosure Timeline (2017–Present) | Disclosure Monitor
AARO UAP Case Resolution Reports
ICER ASSOCIATION – Key Developments 2017
UAP Explorer — Investigating the Unexplained
AARO’s UAP Case Resolution Reports: All Resolved Cases | UAP Records Archive
How the modern UAP record was actually built · Disclosure Archives
Publication de : Recherches Equipe Rédactionnelle du GEOS France



Laisser un commentaire