DOSSIER SCIENTIFIQUE — SALVATORE PAIS
PARTIE 2 SUR 3 DE L’ETUDE « SALVATORE PAIS » – PROCHAIN ARTICLE LA PARTIE 3
Le rapport secret de l’US Navy qui ne détecta pas l’effet recherché : autopsie d’une expérience sur la propulsion électromagnétique
Rédaction GEOS France — Enquête technique et analyse critique

Le dossier Salvatore Pais est particulièrement intéressant parce qu’il ne repose pas uniquement sur des brevets spectaculaires ou des déclarations médiatiques. Il existe un document technique officiel de la Marine américaine qui décrit des expériences réalisées en 2018 et 2019 pour tester un élément central de sa théorie : le High Energy Electromagnetic Field Generator (HEEMFG), ou générateur de champs électromagnétiques de haute énergie.
Ce rapport permet de confronter les ambitions théoriques de Pais à une expérience concrète, avec ses équipements, ses paramètres, ses instruments de mesure et ses résultats. Le constat essentiel est simple : l’effet recherché n’a pas été observé pendant les essais décrits. Les auteurs précisent toutefois que les expériences n’ont pas non plus permis de réfuter définitivement le phénomène dans les configurations utilisées. Cette réserve technique ne constitue pas une validation de la théorie.
L’examen détaillé du rapport révèle surtout une difficulté fondamentale : comment tester scientifiquement un phénomène physique dont les conditions de production, les caractéristiques quantitatives et la signature expérimentale restent imparfaitement définies ?

Salvatore Pais : autopsie scientifique des expériences de l’US Navy de 2018 et 2019
1. Un programme de recherche bien réel, mais un effet physique non démontré
Le rapport étudié porte le titre HEEMFG Spin Test Experiment — Test Plan with Test Results. Il a été établi par le Naval Air Warfare Center Aircraft Division, ou NAWCAD, à Patuxent River, dans le Maryland. Daté du 29 septembre 2019, il décrit un programme d’expérimentation conduit dans le cadre du programme Naval Innovative Science & Engineering (NISE), consacré à la recherche scientifique et appliquée.
Salvatore Pais y figure comme chercheur principal.
Le document officiel est consultable ici :
Rapport technique NAVAIR, 29 septembre 2019 :
Cette source est prioritaire, car elle provient directement de l’organisme ayant conduit les essais. Il faut néanmoins préciser la nature du programme. L’expérience ne consistait pas à tester un avion antigravitationnel, un engin triangulaire ou un appareil capable de traverser l’océan sans propulsion conventionnelle. Elle visait un phénomène beaucoup plus limité : déterminer si la rotation rapide d’un élément métallique chargé électriquement pouvait produire une émission électromagnétique inhabituelle correspondant à l’effet prédit par Pais.
Ce choix est important.
Un effet électromagnétique anormal, s’il était effectivement détecté, ne démontrerait pas automatiquement une réduction de l’inertie, une modification de l’espace-temps ou la possibilité de construire un véhicule révolutionnaire. Il faudrait établir successivement chaque lien physique entre le phénomène mesuré et les applications annoncées.
2. Que prétend exactement la théorie HEEMFG ?
Le concept HEEMFG repose sur l’idée qu’un disque fortement chargé électriquement, soumis à une rotation accélérée et à des vibrations dans le vide, pourrait générer des champs électromagnétiques d’une intensité exceptionnelle. Dans sa formulation, Pais associe plusieurs paramètres :
- une charge électrique importante ;
- une rotation rapide ;
- une accélération angulaire élevée ;
- des vibrations mécaniques ;
- un environnement sous vide ;
- une distribution particulière de la charge électrique à la surface du dispositif.
L’hypothèse est que leur combinaison produirait un effet électromagnétique dépassant ce qui serait attendu d’un système conventionnel. Le rapport NAVAIR indique que le phénomène recherché était censé se manifester sous forme d’ondes radiofréquences ou d’un flux électromagnétique détectable à proximité du dispositif. L’objectif expérimental était donc de rechercher un signal qui augmenterait significativement lorsque les conditions censées activer le phénomène étaient réunies. Une difficulté apparaît immédiatement : le rapport présente un détecteur conçu pour fournir une indication relative, non calibrée, de l’amplitude du signal. Ce choix permettait de rechercher une variation importante du signal, mais ne permettait pas, à lui seul, de mesurer précisément une puissance rayonnée absolue ou de démontrer la valeur théorique annoncée par Pais.
Il faut distinguer deux questions :
Le dispositif produit-il une émission électromagnétique inhabituelle ?
Cette émission présente-t-elle les caractéristiques quantitatives prédites par la théorie ?
La première est une question de détection. La seconde est une question de validation du modèle. Pour établir la seconde, un simple changement de tension à la sortie d’un détecteur ne suffit pas.
3. Première campagne : les essais de septembre 2018
La première campagne expérimentale décrite dans le rapport a été réalisée en septembre 2018. Trois condensateurs de type pile bouton ont été soumis à des vitesses de rotation pouvant atteindre 100 000 tours par minute. Chaque condensateur était donné pour une charge de quatre coulombs. Les essais ont été réalisés dans une enceinte sous vide, à une pression d’environ 0,42 torr. Les accélérations pouvaient atteindre 30 000 tours par minute et par seconde. Les résultats ont montré que les composants et le système de détection fonctionnaient dans les conditions mécaniques prévues.
Cependant, l’effet HEEMFG recherché n’a pas été observé.
Pourquoi le rapport n’a-t-il pas conclu à une réfutation définitive ?
Selon le document, la distribution réelle de la charge électrique dans les condensateurs n’était pas connue avec suffisamment de précision. Or, selon Pais, le phénomène nécessiterait que la charge se trouve à la surface du disque en rotation. L’expérience avait donc testé un composant chargé, mais sans garantir que la distribution électrique correspondait à celle requise par le modèle.
Cette réserve est légitime sur le plan méthodologique.
Si une théorie prévoit un phénomène uniquement lorsque certaines conditions sont satisfaites, il faut vérifier ces conditions avant d’interpréter un résultat négatif. Mais une question demeure : pourquoi ne pas avoir caractérisé plus précisément la distribution de charge avant de lancer les essais ? Cette difficulté illustre un problème classique de la recherche expérimentale : un dispositif peut être mécaniquement performant sans constituer un test suffisamment discriminant de l’hypothèse physique étudiée.
Le bilan de 2018 est donc limité. Les essais n’ont pas détecté l’effet recherché. Ils n’ont pas non plus établi que les conditions électriques exigées par Pais étaient réunies.
4. Deuxième campagne : les essais de septembre 2019
La seconde campagne visait précisément à corriger une partie des limites de 2018. Au lieu de faire tourner un condensateur dont la distribution interne de charge restait incertaine, les expérimentateurs ont utilisé une broche métallique tournante, alimentée par un dispositif à haute tension. L’idée consistait à établir une charge électrique sur la surface de la partie de la broche exposée dans l’enceinte. Le montage comprenait notamment :
- un moteur pneumatique à grande vitesse ;
- une broche métallique ;
- un noyau de fer entourant une partie de la broche ;
- un isolant diélectrique ;
- une alimentation haute tension ;
- une antenne de détection électromagnétique ;
- un détecteur de signal ;
- une enceinte métallique sous vide ;
- un système d’acquisition des données.
Les expériences ont été conduites les 18, 19, 23 et 25 septembre 2019. La broche a atteint des vitesses de rotation de l’ordre de 100 000 tours par minute. La tension appliquée au noyau atteignait 43 kilovolts.
Ces chiffres montrent que l’essai n’était pas une simple démonstration de laboratoire improvisée. Il s’agissait d’une installation technique destinée à faire tourner un composant à très grande vitesse tout en contrôlant son environnement électrique et mécanique. Mais il faut garder à l’esprit ce que le dispositif était réellement : une broche métallique chargée, et non un prototype complet de propulsion.
5. Le problème décisif : la charge électrique obtenue
C’est l’un des points les plus importants de tout le dossier. Pais souhaitait atteindre une charge électrique de surface de l’ordre d’un coulomb. Or, le calcul effectué pour la broche utilisée en 2019 estimait la charge à seulement :
2,9 × 10⁻⁸ coulomb.
Cela correspond à 0,000000029 coulomb.
En comparant cette estimation à la cible d’un coulomb, on obtient un écart d’environ 34 millions. La charge obtenue était donc très inférieure à la valeur demandée par le chercheur principal. Cette différence constitue un argument important pour comprendre pourquoi Pais a contesté la portée des essais. Toutefois, une précision s’impose : il s’agit d’une charge estimée à partir des caractéristiques électriques et géométriques du montage. Ce chiffre ne doit pas être présenté comme une mesure directe et exhaustive de toute la distribution de charge à la surface du composant.
Pourquoi une telle différence ?
La charge dépend notamment de la capacité électrique du système et de la tension appliquée. Dans le montage, le noyau de fer, l’isolant et la broche formaient une structure capacitive. La géométrie et les espaces entre les composants limitaient la capacité électrique effective. Une tension élevée ne garantit donc pas, à elle seule, une charge considérable. L’expérience atteignait 43 kV, mais le dispositif ne possédait pas la géométrie électrique permettant d’obtenir la charge visée. C’est un point central : la haute tension est bien réelle, mais elle ne constitue pas une preuve que les conditions électriques nécessaires au phénomène étaient réunies.
Cette insuffisance invalide-t-elle le résultat négatif ?
Elle limite sa portée. Si la théorie exige effectivement une charge superficielle proche d’un coulomb, une expérience effectuée avec une charge estimée de 2,9 × 10⁻⁸ coulomb ne permet pas de tester directement cette prédiction dans les conditions souhaitées. Mais cette observation ne prouve pas que le phénomène apparaîtrait si la charge était augmentée. Pour le démontrer, il faudrait réaliser un nouvel essai, avec une charge connue et suffisamment élevée, tout en respectant les autres conditions du modèle. Il faudrait également préciser comment une telle charge pourrait être maintenue de manière stable sur un dispositif tournant sans provoquer de décharges électriques destructrices.
La difficulté expérimentale est donc considérable.
6. Une instrumentation qui ne mesurait pas directement la puissance rayonnée
Le système de détection mérite une attention particulière. Le rapport explique que l’équipe a choisi de construire un détecteur électromagnétique couvrant une large plage de fréquences, plutôt que d’utiliser plusieurs instruments commerciaux spécialisés. Le détecteur fournissait une tension continue proportionnelle à une amplitude relative du signal reçu. Cette sortie était enregistrée par un système d’acquisition rapide. L’objectif était de repérer une augmentation significative du signal lorsque la broche était chargée et mise en rotation. Cette méthode possède une utilité : elle peut révéler un changement de comportement du signal électromagnétique.
Cependant, elle présente aussi des limites.
Le détecteur n’était pas calibré pour fournir une mesure absolue de la puissance électromagnétique reçue.
Le rapport ne permet donc pas de transformer directement chaque variation de tension en une valeur précise de puissance rayonnée. Il ne faut pas en conclure que l’appareil était inutilisable. Il était adapté à une recherche qualitative d’anomalies. Mais un instrument conçu pour détecter une variation ne suffit pas nécessairement à vérifier une prédiction théorique quantitative.
Le problème de la plage de fréquences
Le rapport mentionne une plage d’intérêt allant de 3 Hz à 3,2 GHz. C’est une plage très large. Un instrument couvrant un domaine aussi étendu doit conserver une sensibilité connue, une réponse suffisamment caractérisée et une capacité à distinguer le signal recherché des perturbations. Or, le choix d’un détecteur à sortie relative non calibrée simplifiait l’expérience, mais limitait la possibilité de caractériser précisément un éventuel signal. Une expérience de suivi devrait donc comporter des capteurs calibrés sur plusieurs bandes de fréquences, avec une réponse instrumentale documentée. Il faudrait également définir à l’avance les fréquences, les amplitudes et les variations attendues si la théorie est correcte. Sans ces prédictions quantitatives, le risque est de rechercher une anomalie sans disposer d’un critère suffisamment précis pour déterminer ce qui constituerait une confirmation.
7. Les faux positifs : décharges électriques, vibrations et parasites
Le rapport identifie plusieurs sources possibles de perturbations. L’une d’elles est la décharge corona. Lorsqu’un champ électrique est suffisamment intense, il peut ioniser localement le gaz présent dans l’environnement et provoquer une décharge électrique. Cette décharge produit un signal électromagnétique susceptible d’être détecté par l’instrumentation. Le rapport indique que les décharges corona provoquaient des pointes de bruit dans le signal du détecteur. Ces pointes ne pouvaient donc pas être interprétées automatiquement comme une manifestation du phénomène HEEMFG.
Les ingénieurs devaient également tenir compte des mouvements latéraux de la broche, de ses vibrations et d’éventuelles variations du contact électrique. Une interruption momentanée du contact de mise à la terre pouvait faire varier la charge électrique et produire un signal transitoire.
Ce phénomène risquait de créer une fausse indication positive. L’équipe a donc prévu des vérifications mécaniques et électriques, ainsi que des séquences de référence sans charge. Ces précautions sont importantes. Elles montrent que les expérimentateurs étaient conscients des difficultés de mesure et cherchaient à distinguer les effets ordinaires des effets potentiellement anormaux. Toutefois, elles rappellent également que le signal recherché devait être distingué d’un environnement électromagnétique complexe. Une démonstration robuste devrait non seulement détecter un signal, mais aussi établir que celui-ci ne peut pas être expliqué par une décharge corona, une vibration, un défaut de contact ou une interférence instrumentale.
8. Les résultats : 46 séquences, aucun effet HEEMFG détecté
Le rapport indique que 46 séquences expérimentales ont été réalisées. Parmi elles, 31 ont été utilisées pour évaluer directement l’effet recherché, avec la broche chargée et soumise à différents profils de rotation. Les essais ont exploré plusieurs vitesses et profils d’accélération. L’objectif était de vérifier si le détecteur enregistrait une variation importante et reproductible du signal lorsque les conditions expérimentales changeaient. La conclusion est explicite : l’effet HEEMFG n’a été observé dans aucune des séquences utilisées pour son évaluation. Il faut distinguer cette conclusion de deux interprétations opposées.
La première consisterait à affirmer que l’expérience a démontré l’existence de l’effet, mais que les instruments n’ont pas permis de le voir.
Ce serait injustifié.
La seconde consisterait à prétendre que ces essais ont définitivement réfuté toute possibilité de produire l’effet décrit par Pais.
Ce serait également excessif, compte tenu des limites reconnues du montage et de la charge électrique obtenue.
La conclusion rigoureuse est plus précise :
Dans les conditions effectivement testées, aucun signal attribué à l’effet HEEMFG n’a été détecté. Cette formulation est moins spectaculaire, mais elle correspond aux données rapportées.
9. L’argument de Pais : une expérience qui n’aurait pas testé sa théorie dans les bonnes conditions
Pais estime que les essais n’ont pas reproduit les conditions indispensables à son modèle. Il souligne notamment l’écart entre la charge visée et celle obtenue, ainsi que l’absence d’un mécanisme permettant d’imposer les vibrations qu’il souhaitait. Cet argument mérite d’être examiné sans parti pris. Une expérience ne peut être considérée comme un test définitif d’une théorie si les paramètres essentiels de celle-ci ne sont pas atteints ou contrôlés. Mais cette objection soulève à son tour une difficulté scientifique : comment transformer les conditions nécessaires annoncées par le chercheur en un protocole expérimental concret ? Pour progresser, il faudrait que Pais définisse précisément :
- la charge superficielle minimale requise ;
- la distribution électrique à obtenir ;
- la vitesse et l’accélération nécessaires ;
- les vibrations à appliquer ;
- la fréquence du signal attendu ;
- son amplitude minimale ;
- les relations quantitatives reliant ces paramètres à l’effet annoncé.
Ces valeurs devraient être définies avant les essais, et non adaptées après coup à leurs résultats. Il faudrait ensuite construire un dispositif capable de satisfaire ces exigences et de vérifier qu’elles ont effectivement été atteintes. Si l’effet apparaît dans les conditions prédites et se reproduit indépendamment, le modèle gagnera en crédibilité. S’il n’apparaît pas malgré des conditions correctement satisfaites et des instruments suffisamment sensibles, l’hypothèse devra être réexaminée. C’est le principe même d’une démarche expérimentale rigoureuse.
10. Ce que le rapport permet réellement de conclure
Le document NAVAIR permet de distinguer plusieurs niveaux de certitude.
Ce qui est établi
- Les essais ont bien eu lieu.
- Des équipements ont été conçus, assemblés et utilisés dans une installation de la Marine américaine.
- Les composants ont été soumis à des vitesses de rotation très élevées, dans une enceinte sous vide, avec une alimentation haute tension.
- L’instrumentation a enregistré des signaux et permis d’évaluer le comportement du dispositif.
Ce qui n’a pas été établi
- Les essais n’ont pas démontré l’existence d’une émission électromagnétique correspondant à l’effet HEEMFG annoncé.
- Ils n’ont pas démontré de réduction de masse inertielle.
- Ils n’ont pas démontré de modification contrôlée de la gravitation.
- Ils n’ont pas démontré de propulsion sans réaction.
- Ils n’ont pas démontré la possibilité de construire un véhicule opérationnel utilisant ces effets.
Ces distinctions sont essentielles, car le débat public tend parfois à transformer l’existence d’une expérience militaire en preuve d’une technologie révolutionnaire. Or, un programme de recherche peut être réel sans que son hypothèse principale soit confirmée.
11. La Marine américaine croyait-elle réellement au « Pais Effect » ?
La question est légitime, mais il faut éviter les conclusions hâtives. Le rapport montre que la Marine a consacré des ressources humaines et matérielles à l’examen expérimental du concept. Un article d’enquête de The War Zone, fondé sur des documents obtenus par voie de demandes d’accès à l’information, a également décrit l’organisation du programme, les moyens engagés et les limites des résultats obtenus.
Cette enquête est accessible ici :
Elle montre que le projet a fait l’objet d’un véritable travail d’ingénierie, mais que les essais disponibles n’ont pas validé expérimentalement l’effet annoncé. Il serait cependant abusif d’en déduire que la Marine avait nécessairement confirmé la théorie de Pais avant de financer les expériences. Le financement d’une étude peut précisément avoir pour objectif de déterminer si une hypothèse mérite d’être poursuivie. Dans la recherche militaire, la valeur stratégique potentielle d’un concept peut justifier un examen préliminaire sans garantir sa réussite. La véritable question n’est donc pas de savoir si l’US Navy a pris Pais au sérieux, mais jusqu’à quel niveau de maturité technique le programme est parvenu. Sur la base du rapport examiné, on peut affirmer que des essais ont été menés, mais que l’effet déterminant n’a pas été détecté.
Les documents cités ne permettent pas de conclure qu’une technologie opérationnelle de propulsion fondée sur cet effet a été obtenue.
12. Une expérience plus convaincante est-elle possible ?
En principe, oui. Mais elle devrait être beaucoup plus rigoureuse dans sa définition quantitative. Une nouvelle campagne devrait commencer par une publication détaillée du modèle théorique et des prédictions qui peuvent être vérifiées expérimentalement. Il faudrait ensuite construire un dispositif capable de maintenir une charge superficielle connue, tout en contrôlant la rotation, les accélérations et les vibrations. L’instrumentation devrait être calibrée pour mesurer les signaux attendus dans les bandes de fréquences prévues. Les expériences devraient comporter des essais témoins, des mesures du bruit de fond et une analyse systématique des perturbations électriques et mécaniques. Enfin, les données brutes devraient être mises à disposition d’équipes indépendantes.
La réussite ne consisterait pas simplement à obtenir une variation inhabituelle sur un détecteur.
Il faudrait montrer que cette variation :
- dépasse significativement le bruit de fond ;
- apparaît lorsque les conditions prévues sont réunies ;
- possède les caractéristiques quantitatives annoncées ;
- ne peut pas être expliquée par des effets électromagnétiques conventionnels ;
- se reproduit indépendamment.
Une telle démarche permettrait de passer d’une hypothèse ambitieuse à une véritable évaluation scientifique.
13. Conclusion : le « Pais Effect » reste une hypothèse expérimentale
L’expérience HEEMFG de 2018-2019 est un document important pour comprendre le dossier Salvatore Pais.
Elle montre que la Marine américaine a effectivement cherché à tester un phénomène électromagnétique présenté comme susceptible d’ouvrir la voie à des technologies avancées. Elle montre aussi que les expérimentateurs ont rencontré des difficultés techniques, notamment pour obtenir la distribution de charge électrique souhaitée et caractériser le signal recherché. Mais le résultat principal ne doit pas être dilué dans ces difficultés : aucun effet HEEMFG n’a été détecté lors des essais de 2019 décrits dans le rapport. Pais peut soutenir que les conditions expérimentales étaient insuffisantes. Cette objection justifie éventuellement de nouveaux essais, mais elle ne constitue pas une preuve que sa théorie est correcte.
Pour que le dossier franchisse une étape scientifique décisive, il faudrait une expérience dont les paramètres, les prédictions et les critères de réussite soient définis à l’avance, puis des résultats reproduits indépendamment. Le rapport NAVAIR ne démontre donc ni une propulsion antigravitationnelle ni une technologie permettant de modifier l’espace-temps. Il documente une tentative de test expérimental qui n’a pas détecté l’effet recherché.
C’est une différence fondamentale.
Dans ce dossier, la question n’est plus de savoir si les brevets sont impressionnants ou si les applications envisagées sont fascinantes. Elle est de savoir si un phénomène physique mesurable, reproductible et quantitativement conforme aux prédictions a été établi. À ce jour, les documents examinés ne permettent pas de répondre positivement.
Mon analyse critique complémentaire
Trois éléments me paraissent particulièrement importants pour votre dossier sur les technologies militaires et les PAN.
1. Le rapport NAVAIR est plus instructif que les brevets eux-mêmes.
Un brevet expose ce qu’un inventeur revendique. Le rapport expérimental montre ce que des ingénieurs ont effectivement essayé de mesurer. C’est donc la source à privilégier pour évaluer la crédibilité physique du concept.
2. La réserve « non observé ou réfuté » ne doit pas être interprétée comme un résultat positif.
Elle indique que les essais ne permettent pas de trancher définitivement l’hypothèse dans les conditions utilisées. Mais le résultat expérimental reste négatif : aucun effet HEEMFG n’a été détecté. Il faut éviter de transformer une limite expérimentale en indice d’une technologie secrète déjà opérationnelle.
3. Le lien avec les OVNI reste spéculatif.
Même si le phénomène revendiqué par Pais était un jour démontré, il faudrait encore établir qu’il permet de produire une force propulsive exploitable, puis qu’un véhicule utilise effectivement cette technologie. Le rapport de 2019 ne démontre aucune de ces étapes.
Sources documentaires à conserver
Source primaire : Rapport officiel NAVAIR — HEEMFG Spin Test Experiment
Enquête complémentaire : The War Zone — Navy UFO Patent Documents Talk Of Spacetime Modification Weapon
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